31 mai 2010

Buenos Aires

Et voilà qui est fait! Je suis arrivé et je me laisse aller à la douce vie de sédentaire: douche, vêtements secs et propres, restaurant, nuit sur un matelas, pain frais le matin ... quel luxe, quel bonheur!
La ville a bien changée, pas vraiment eu le temps de me balader encore, de toute manière le temps me s´y prête pas vraiment.

La traversée de l´Uruguay s´est faite très rapidemment. En cause la taille réduite du pays et une envie pressante d´arriver à destination. En quittant le Brésil j´ai aussi quitté les bandes qui immobilisaient (plus ou moins) mon poignet droit et petit à petit je me suis à re-utiliser ma main droite, c´est fou ce que c´est pratique! Malgré tout, ça n´est pas complèment rétablis (normal vu le choc et le peu de temps de récupération) et de temps en temps lors d´un faux mouvement il se passe comme une réorganisation là dedans qui ne m´inspire rien de bien normal.
L´Urugay ressemble beaucoup à l´état Brésilien contigue, forcément. Beaucoup de pâturages pour le bétail (genre 10ha par vache!) et aussi des chevaux, des émeus et des cultures dans le Sud. Seule différence notable, les très nombreuses plantations d´eucalyptus (pour l´industrie papetière) et de sapins. Globalement, comme toujours depuis le début, les transitions d´un pays à l´autre se font très progressivement puisque les paysages, les climats et les cultures et traditions n´ont que faire des frontières administratives. Ainsi, en arrivant dans le Nordeste Brésilien après avoir quitté l´Afrique de l´Ouest, on retrouve les mêmes populations et les mêmes habitudes (l´huile de palme, le riz, le poisson...). Finalement seules les administrations et le changement de langue nous rappellent que nous franchissons une ligne invisible. Et encore, concernant les langues c´est rarement si abrupte. En Espagne en Galice, on sent déjà l´approche du Portugais dans le dialecte Galicien. Au Nord du Maroc il n´est pas rare de tomber sur un paysan qui parle un peu español pour avoir travailler de l´autre côté de Gibraltar.

Commençons le bilan par le plus simple et le moins intéressant: les nombres (on ne se refait pas!).
-Crest (Drôme, France) -> Rabat (Maroc) avec l´illustre William sur Tanguy notre fier tandem en 3 mois et 5600km
-Trois semaines de faignasseries à Rabat
-Rabat -> Marrakech avec la soeurette toujours sur Tanguy en une semaine et 600km
-Deux semaines de visite "conventionelle" du Maroc avec "l´ancienne"
-Marrakech (Maroc) -> Dakar (Sénégal) avec le binôme de pointe Marianne et Guilhem toujours avec le tandem accompagné de Chaïtane l´impétueux VTT noir importé pour l´occasion. 3500km en 1 mois et demi
-Deux mois de séjours à Dakar et quelques visites dans le reste du pays dont 4j de vélo pour rejoindre Ziguinchor et trouver un bateau pour la traversée
-Dakar (Sénegal) -> Praia (Cap Vert) en 4j de traversée (370M) sur la sympathique goellette aurique en bois auto-construite "Pinocchio" puis un mois de séjour sur les îles de l´archipel avec quelques jolies rando (10j de marche)
-Mindelo (Cap Vert) -> Fernando de Noronha (Brésil) en 3 semaines de navigation pour 1300M
-Fernando de Noronha -> Salvador de Bahia en 8j pour 700M toujours sur Pinocchio
-Marau (tout près de Salvador de Bahia) -> Angra dos Reis (au Sud de Rio de Janeiro) en 15j pour 700M
-Angra dos Reis -> Buenos Aires à vélo en 3 semaines et 2700km tout seul sur Chaïtane

Le voyage aura donc duré presque 11 mois au total (23 semaines de vélo, 7 semaines de voilier et 18 semaines de "relax") pour 18750km en tout dont 12780km au mollet à travers: la France, l´Espagne, le Portugal, le Maroc (et le Sahara Occidental), la Mauritanie, le Sénegal, la Gambie, le Cap Vert, l´Océan Atlantique, le Brésil, l´Uruguay et pour finir l´Argentine.
Content d´avoir réalisé un si joli programme d´autant plus qu´il s´est établit au fur et à mesure sans certitude d´arriver jusqu´au bout (d´où le léger "contre-temps"). Belle expérience que celle du vélo qui permet de voyager juste assez vite pour parcourir de grandes distances mais assez lentement pour s´imprégner des lieux et des cultures. C´est un outil incroyable de rencontre, le moyen de transport conviviale (au sens commun et Illichien du terme!) par essence. A 20 km/h il est toujours facile de s´arrêter et le fait de voyager "à propulsion humaine" suscite beaucoup de curiosité donc beaucoup de rencontres. Quelle sensation de liberté à voyager sans itinéraire et en s´arrêtant à peu près n´importe où pour dormir et manger ayant tout le nécessaire dans les sacoches.
Je ne vais pas m´étendre plus que ça car je compte bien écrire quelque chose de plus complet et structuré, reste à savoir si je vais y arriver. Promis je m´y colle la semaine prochaine.

Et si j´ai aussi définitivement "atteri" la semaine prochaine, je commence à penser à la suite. Pour l´instant deux seules choses sont sûres:
-c´est que je ne rentrerai sûrement pas en France avant 2 ou 3 mois parce que tant qu´à avoir mis 11 mois à arriver autant pas repartir tout de suite et prendre le temps de profiter d´être dans le coin (je ne vais pas refaire des aller-retours comme ça tout les quatre matins!)
-c´est que je ne rentrerai sûrement pas en France après 10 mois parce que j´ai bien envie d´y revoir un certain nombre de personnes et que j´ai aussi pas mal d´envies et de projets qui me motivent bien

En guise de conclusion je dirais que cette idée de voyage au début m´a paru un peu folle puis j´en ai rêvé un moment sans trop y croire puis je me suis dis qu´il fallait le faire ... et je l´ai fait (et ça n´a été que du bonheur!). Je voudrais pas être trop "cucu la praline" en disant qu´il ne faut pas rêver sa vie mais vivre ses rêves mais je le dis quand même parce que je le pense (bon maintenant j´ai rien démontré avec un voyage, il me reste toute une vie pour ne pas me contre dire, aurais-je le courage?).  Un grand merci à ces quelques personnes qui par leur manière audacieuse de mener leur vie m´ont bien inspiré et motivé, en espérant que mon voyage en fasse de même.

Portez-vous bien et continuez d´envoyer des nouvelles, ça fais toujours super plaisir.

PS: je suis vraiment nase en orthographe je m´en excuse, une remise à niveau fait partis de mes projets pour le retour!

PS2: private message for Mike Horn: your new boat is too big my friend, you´re crazy! As you mentioned kougars, have a look at this picture:

Probablement un joli bébé jaguar trouvé mort sur le bord de la route dans le Sud du Brésil (heureusement que la mère ne s´est pas manifesté pendant que je prenais la photo!) Je peux vous dire qu´après ça on fait moins le malin au bivouac ;)

29 mai 2010

le dénouement

11 mois!

11 mois de suspens. Va-t-il y arriver? Les camions auront-ils raison de lui? Finira-t-il transformé en pizza sur quelque asphalte exotique? Les Talibans vont-ils prendre sa barbe pour une provocation ou pour un signe d´amitié? Va-t-il finir croupissant au fond d´un camp afgan humide? Le vélo va-t-il tenir? Et la malaria?

Que nenni! Aujourd´hui, en ce samedi 29 mai de l´an de grâce 2010, je me trouve à Colonia del Sacramento, charmante ville côtière de l´estuaire du Rio de la Plata en République Orientale d´Uruguay, à quelques encablures seulement de mon but, que dis-je mon phare: Buenos Aires. Sauf ouragan, siphon, tsunami ou autre phénomène climatique exceptionnel, en fin d´apres midi , après une heure de ferry en direction de la capital Argentine, je devrais être en train de savourer un "mate" dans la maison que j´ai quitté il y a 3 ans en disant "je reviendrai". C´est beau! (par contre il ne fais toujours pas beau).

Rien que pour vous dans les jours a venir:
-un résumé des épisodes précédents (le passage en Uruguay et la traversée du pays à une main et demie
-un petit bilan du voyage
-un apercu du programme pour la suite


Merci pour votre fidélité
Votre serviteur

18 mai 2010

micro-sillon


Avec une image pareille on s´attends à un billlet de LIB mais il n´en est rien. Il s´agit seulement d´une blagounette pour relater la conséquence d´une malencontreuse chute survenue samedi dernier sur le très bucolique périphérique de Curitiba. Bref suite à un enchaînement d´évènements étonnant tout autant qu´improbable, j´ai vu s´approcher le sol à une vitesse approximative de 30 km/h et ne dérogeant pas à la règle, ai mis les mains pour éviter de mettre la tête (sur l´asphalte). M´attendant à ce que ce soit haloween avant l´heure en regardant mes mains après le choc, ne voyant nullu trace de sang, j´étais fort optimiste pour la suite. En résulte un après midi et une nuit à une main (c´est drôle comme la vie n´est qu´un enchaînement de petits défis (montage de la tente...) avec un membre en moins!). Le réveil se fait avec le poignet fort douloureux et gonflé, il n´est alors plus question d´éviter la visite à l´hôpital. Je continu donc à tout hasard sur 25 km et suis bien content de trouver un établissement qui affiche fièrement sur sa porte: "tous les soins dispensés ici sont totalement gratuits" et une petite flèche indiquant le service de radiologie... gagné! Passons sur l´attente fort longue (en partie due à une petite vieille en train de passer l´arme à gauche), quelques blablas et une radio  plus tard, verdique, pas de vraie fracture mais une petite amorce, il faudrait une atèle mais il n´y en a pas ici alors bandage et vous verrez bien dans trois jours comment c´est. Les trois jours sont passés et tout va bien alors tant mieux.



Ceci dit pour résumer le reste depuis le derniers post et bien j´ai fais 1200km presque plein Sud depuis Rio en une douzaine de jours ce qui me vaut un changement de climat assez désagréable. Je suis passé de "35 degrés, soleil, Copacabana, mangues, goyaves, avocats" à "15 degrés, pluie, pommes, mandarines, pignons de pain, pluie, brouillard".

 Au Brésil tout est énorme (les avocats, les fourmis, les brésiliennes...), j´en veux pour preuve ces pignons de pin dont je me régale aussi souvent que possible.


Ca fait 3 jours qu´il pleut sans discontinuer et je n´ai pas réussi à éviter la baignade à mes affaires (d´où la pause internet). Ce matin c´était réveil à 5h50 et "merde je me suis pissé dessus cette nuit!" ... "ah, non, c´est la tente qui s´est reconvertie en baignoire..." puis 4h de vélo sous la pluie à claquer des dents parce que détrempé jusqu´à l´os, 4 crevaisons réparées sous la pluie battante ... et les gerbes d´eau projetées par les camions car la route ressemblait plutôt à une piscine... Je ne doute pas que demain sera plus agréable! Heureusement le moindre signe d´amélioration (la pluie s´arrête 2 min ou on aperçoit vaguement une légère lueur à travers les nuages, ce pourrait être le soleil) me remotive à fond!

10 mai 2010

tout dans l'rétro

Et oué 4j que j'ai repris le vélo et 420km au compteur, sans forcer. Maintenant que j'ai plus personne pour me ralentir ;) je peux enlever le frein à main!
Pour l'instant je n'ai fait que traverser des stations balnéaires désertes et pour cause, il ne fait que 20 degrés et il pleut (trop) souvent. Trouvant la situation bien cocasse (moi, roulant détrempé, en t-shirt et en short sur de grands boulevards en front de mer bordés de paillotes et de manèges), je me mets à rire et me dit que la scène ferait un court-métrage intéressant. Enfin je ne rigole pas si longtemps parce que le soir, dans la tente inondée, avec toutes mes fringues mouillées y compris le sac de couchage, je me dis que ça va être moins drôle si le soleil ne revient pas. Heureusement le soleil est revenu aujourdui et j'ai pu acheter mon poids en bananes au bord de la route pour une poignée piécette alors tout va beaucoup mieux! Bon j'ai un peu foiré la gestion de mon itinéraire (la carte au 1 : 1 200 000 n'aide pas beaucoup) et du coup je me suis retrouvé à Santos à la tombé de la nuit. Santos c'est la port et la station balnéaire de São Paulo. Pas la peine de faire un dessin, il suffit de savoir qu'il y a plus de 41 millions d'habitants à São Paulo pour imaginer la tronche du port... Mais du coup j'ai été obligé de prendre une auberge, ce qui m'a permis de publier ce message.

le corcovado dans le hublot

...
message publié avec 8j de retard pour cause de connection wifi aléatoire depuis le bateau, désolé
...

1er mai 2010, 8h, 25 ans, la baie de Rio de Janeiro est en vue la beauté du site ferait presque oublier le quart de siècle qui vient d'arriver mais avant d'en dire plus sur le bled des Cariocas revenons un instant sur cette semaine de navigation.

J'ai donc abandonné Pinocchio et son équipage à Salvador de Bahia pour rejoindre non loin de là Imaqa (occupé par Jeff, Nath, Clément et Manon). Le voilier est ancré à Marau dans un bras de rivière au millieu d'une campagne "primitiva" des plus sympatique. Il change de cap autour de son ancre au rythme des marées. Pas de marina donc personne à part les autochtones au village auquel on accède par une piste en terre. Autant dire, tranquille. Ce n'est pas la meilleur saison pour descendre vers le Sud, le vent souffle régulièrement du Sud et rarement du Nord, il faut savoir saisir les opportunités lorqu'elles se présentent. Nous partons donc à la faveur d'une renverse. Pas de quoi s'affoler, il y a du vent (mais sans plus) et la fenêtre devrait durer quelques jours. Nous descendons doucement mais sûrement. Le 1er jour de navigation, le chat cague dans ma cabine puis passe à la baille dans la nuit. Suicide suite à des remorts insoutenables ou bien simple cadeau d'adieu? Nous ne le saurons jamais car malgré ses capacité de nage déjà éprouvées, cette fois il y a peu de chance qu'on le retrouve un jour... Au bout de 4 jours de navigation nous arrivons à proximité d'un minuscule archipel au milieu de récifs coraliens qui tombe à pic car justement ... le vent tombe. Un petit arrêt pour se reposer et se baigner (quelques jolis poissons et une raie au milieu des poupées de corail, sympa). Nous repartons le soir même après avoir laissé passer un grain, le vent forci, jusqu'à 25 noeuds et nous accélérons jusqu'à 11 noeuds en pointe avant de réduire la toile pour continuer à 8-9 noeuds avec juste la trinquette et un bout de génois à l'avant. Le bateau marche bien! Les quarts de nuit sont moins paisibles qu'au milieu de l'Atlantique car nous longeons la côte et sa pulule de pêcheurs et de cargos. Nous avons même "l'honneur" de traverser des champs pétrolifères, la pleine lune est agrémentée de véritables sapins de noël (les plateformes) et d'une certaine odeur de gaz. Alors que nous nous apprêtons à passer le Cabo Frio après 3j jour de nav depuis le dernier arrêt, le vent tombe puis repart à l'envers, un front froid s'annonce, nous nous rabattons sur la côte pour une escale, le mouillage le plus proche est à Buzios, le Saint Tropez Brésilien. Hormis la statue de Brigitte Bardot et les boutiques de luxe nous ne verrons pas grand chose, les prix nous dissuadant quelque peu. 2j d'arrêt et nous repartons. Juste après avoir passé le Cabo Frio nous apercevions déjà le halo orange au dessus de la ville de Rio à 120 km de là. Ce n'est pas une petite bourgade! Une journée suffira pour nous retrouver au milieu des poubelles dérivantes et en vu du pain de sucre nageant au mileu d'un épais brouillard de pollution qui ne nous laisse même pas distinguer les immeubles au delà d'Ipanema. Nous mouillons dans la baie à Niteroi. Heureusement le vent va rapidemment balayer tout ça et nous avons pû profiter pleinement de cette incroyable ville qu'est Rio par un jour de grand beau temps.

Mes hôtes sont quelque peu pressés puisqu'ils veulent laisser leur bateau à Buenos Aires dans un mois pour rentrer quelque temps en France (et les fenêtres météo favorables se font de plus en plus rares). Ils le reprendrons au printemps (austral) pour filer vers le 7ème continent. Je vais donc me faire déposer dans quelques jours dans la baie de Paraty à une journée de nav de Rio pour m'économiser la sortie de la ville en vélo. Nous continuerons ensuite nos chemins en parallèle en mer et sur terre. Arrivées prévue à Buenos Aires avant mi-juin si tout va bien.

Toute ma compassion pour ce malheureux calendrier qui a si mal placé le 1er et le 8 mai.



mon cadeau d´anniversaire pour le 1er au matin, l´entrée dans la baie de Rio


le navire