Nous voilà de retour du massif du Nevado de Cachi. Pas mécontent de prendre une douche et de manger un peu plus élaboré. Pour mieux comprendre ces subites aspirations bourgeoises, revenons sur ces quelques 11j de magnifique montagne qui ont été plus souvent synonyme de défi logistique que d´exploit sportif.
Commençons par quelques clichés du village de Cachi.
le cimetière de Cachi
idem
la vallée qui profite de la fonte des neiges des sommets environnant est bien verte
les cactus sont omniprésents et tous en fleurs en ce moment
la première utilisation du rappel tout neuf...
Faisons une liste des sommets, une bonne fois pour toute, pour simplifier la suite. Du Sud au Nord, en enfilade quasi-parfaite:
S1, Pirámide, 5300m
S2, Peñon Blanco, 5400m
S3, Di Pasquo, 5400m
S4, Pellicelli, 6000m
S5, Pilar Las Pailas, 5950m
S6, La Hoyada o Melendez, 6150m
S7, San Miguel de Palermo, 6000m
S8, Hoygaard, 6180m
S9, Libertador San Martin, 6380m
J1, transfert en remis (poilant) vers Las Pailas (3000m), dernier "village" de la vallée qui donne accès aux 9 sommets du coin avec nos 17j de nourriture et de combustible pour le réchaud.
Ne pouvant tout porter pour partir 17j en autonomie, nous laissons 10j de nourriture dans la denière maison du village et grimpons dans la 1ère quebrada (non sans avoir laissé 3j de bouffe à la jonction), celle donnant accès aux deux premiers sommets: la Pirámide (S1, 5300m) et El Peñon Blanco (S2, 5400m).
la Pirámide et le Peñon Blanco avec l´arrête les reliants
Etablissement du premier camp (C1) à 4100m. Petite galère d´eau le soir rapidemment résolue.
J2, départ matinal enthousiaste vers la Pirámide (S1) qui semble toute proche, sommet puis sur le fil jusqu´au Peñon Blanco (S2).
sur l´arrête
le chico qui sert de sommet, la cousine de la Pierra Menta
Quelques pas d´escalade facile, vue plongeante impressionante, en résumé bonne pioche. Ça c´est du sommet "sculpté". Redescente un peu compliqué et interminable.
J3, repos au C1, quelques séquelles de la veille... un petit bloc pour se dégourdir les doigts l`après midi. Quelques flocons de neige timide. Du vent, en rafales.
J4, redescente pour changer de quebrada. Nous constatons que trois scorpions se sont réfugiés au chaud sous la tente au démontage. Pas bête la bête. Récupération des 3j de bouffe laissé à la jonction (pour ceux qui suivent il nous reste donc 4-2+3 soit 5j de nourriture) et remonté dans la vallée puis dans la quebrada donnant accès aux Pilar Las Pailas (S5) et Melendez (S6). Les plus attentifs aurons remarqués que nous zappons S3 et S4 qui ne semblent être "que de gros tas de cailloux" selon l´expression consacrée en pareil cas. Notre objectif pour le C2, la laguna Hoyada (4800m). En quittant la vallée principale nous laissons 3j de nourriture sur un bloc caractéristique. Nous trouvons la lagune, asséchée... Après quelques recherches Maryline trouve un peu d´eau stagnante plus haut... Mais s´il n´y avait que l´eau croupie! Le réchaud c´est cassé dans mon sac et nous sommes donc fortement limité niveau cuisine! (le riz, les pâtes et la polenta crue ça fait pas rêver...). Fort heureusement, nous avons trouvé une bouteille de gaz (presque pleine) la veille au col entre S1 et S2 et nous avons decidé de la descendre trouvant sa présence là haut disgracieuse. Ceci dit ça ne solutionne le problème que pour 2 voir 3j. Nous avons donc dû charger nos sac de bois pour le monter au C2 (pas de végétation en altitude!). Le soir cuisine au tout petit bois (d´autant plus de fumée que ça fait peu de braise et de chaleur), des pâtes, trois fois dans la même eau pour le jour même et pour le lendemain. Nous terminons par faire de l´avoine avec l´eau "légèrement" amidonnée des pâtes pour le petit dèj.
J5, l´avoine se révèle plus intéressant en tant que mastic qu´à se mettre sous la dent au réveil mais bon... "es lo que hay!" L´eau pourrait provenir d´une piscine grâce aux micropures sur-puissants utilisés mais c´est toujours mieux qu´une colique néfrétique! Aujourd´hui objectif le S5 en mode "ascenso técnico", autrement dit, un peu d´escalade si possible. Tout va bien jusqu´à cette superbes fissure dans un magnifique granite (baptême pour moi) à 5000m (d´où l´accoutrement malgré le soleil). Puis les nuages, le vent et surtout la médiocre stabilité du rocher nous encourage à redescendre avant d´atteindre le sommet..
le Pilar Las Pailas et sa fameuse arrête sur la gauche
au moment de se lancer dans la fissure
parfois les coinceurs de coincent pour de vrai (et tant mieux?!)
les dales du haut de près
En bas, dégustation du bloc de pâtes au feu de bois stocké dans son sac plastique. Meilleur qu´il ne peut y paraître! (merci à l´orégan!). Démontage du C2 et redescente dans la vallée avec son bloc caractéristique et retrouvailles avec les 3j de nourriture. Etablissement du C3 (4300m). À ce stade, avant d´aller plus loin, il nous faut redescendre chercher de quoi s´alimenter pour la suite des aventures.
J6, redescente jusqu´à Las Pailas (nous récupérons les poubelles laissées en chemin et laissons une corde dans une jolie zone de blocs pour un petit stop grimpe au retour le dernier jour) et recombination des stocks de nourriture avec les nouvelles contraintes (usage restreint du réchaud). Malheureusement nous ne pouvons rien racheter car pas de commerce.
!!!
A la remonté nous laissons 1j de nourriture en face des blocs et récupérons un autre chargement de bois. Nuit au C3, cuisine au feu de bois sur une pierre plate d´une bonne douzaine de blinis pour le lendemain.
J7, montée dans la vallée jusqu´à l´entrée de l´amphithéâtre Kühn, nous laissons 2j de bouffe au C3 sur le bloc ainsi qu´un peu de gaz. Nous passons l´officiel C2 sur la voie normal à S9 et en profitons pour tapper dans les boîtes de lentilles et le dulce de leche abandonnés en ration de survie. Nous atteignons la neige et tirons une eau fortement marronâtre de son dégèle.
le matin il faut briser la glace pour faire le plein d´eau
Etablissement du C4 (4900m). Le vent se fait insistant le soir. Le paysage commence à ressembler à de la haute montagne, il n´y a tout juste plus de vaches! Nous avons monté uniquement 1kg de polenta par soucis d´économie de combustible. Au moment de l´attaquer nous nous rendons compte qu´il renifle fort le ... sans plomb! Nous réalisons que nous avons tout stocké ensemble en bas et que les vapeurs d´essence (malgré le bidon et le sac poubelle qui l´entourait) ont attteint la polenta (malgré le sac plastique et son emballage non ouvert). Nous nous retrouvons avec ... pas grand chose à bouffer! Et surtout plus le jour de marge en cas d´échec au 1er essai sur S9.
J8, nous remontons encore un peu plus mais pas bien longtemps pour établir le C5 (5400m) au pied d´un mur qui nous laisser dans le doute quand aux possibilités de passage. Le vent est insuportable, il souffle par rafales, on dirait que quelqu´un vient bastonner la tente 2s* et puis s´en va. L´après midi petite vérification de la faisabilité de l´itinéraire que nous pré-sentons qui se termine en ascencion de S7 (puisqu´il avait l´air si près!).
* la tente n´est pas une 2s (sinon elle nous aurait chatouillée le nez toute la nuit, pliant sous le vent), il s´agit bien d´une durée!
J9, nous ingurgitons les dernières provisions et départ pour les deux derniers sommets au programme (S8 et S9). Le vent est plus fort que jamais. Ayant tourné depuis l´établissement du camp, il est face à l´entrée de la tente et les rafales soulèvent du sable qui rentre à travers la moustiquaire et donne des aires de sahara à notre espace qui est un peu plus petit (et du croustillant à nos repas). Jusque S8 (qui se fait en passant), tout va bien malgré le vent qui rafraichit.

Une fois passé S8 nous devons continuer sur le fil jusque S9 mais nous ne sommes plus abrité du vent. Impossible de continuer. Les bourrasques nous font prendre des trajectoires assez aléatoires ce qui est de mauvais présage pour la dernière section qui se fait sur l´arrête enneigée. De toute manière il fait tellement froid qu´il est difficile de maintenir nos extrémités à une température acceptable. Foutu vent! Dès qu´il s´arrête où que nous nous en abritons, il fait presque chaud! Nous redescendons et je repense aux nombreuses fois où je me suis demandé comment il était possible que personne ne soit monté avant 1950 étant donné le caractère "randonnée montagne à vache" de cette voie normale au Libertador San Martin (S9).
les pénitents de plus près
un joli labyrinthe
Nous ne nous resignons pas à redescendre, un peu vexé d´avoir mis tant de temps à atteindre ce dernier camp pour se faire avoir par le vent. Nous inventons une soupe avec les quelques restes que nous avons (entre autres combinaison je me résoud à un "blinis oignon-curry et dulce de leche...) en attendant le lendemain.
J10, le vent n´a pas arrêté de la nuit, même pas la peine d´essayer. Nous levons le C5 et redescendons. Les rafales nous poussent vers le font de la vallée comme pour nous éjecter. Nous apprécions enfin le silence en début d´après midi lorsque le vent cesse après 48h de boucan. En repassant par C4 puis C3 nous ramassons nos poubelles et récupérons quelques provisions. Re-cuisine au feu de bois de délicieuses pizzas aux lentilles! Nous établissons C6 (3400m) dans la fameuse zone de blocs pour nous divertir un peu le lendemain.
J11, magnifique nuit sans vent et sans froid. Nous trouvons 5 jolies voies dans le rocher qui s´avère ultra adhérent. Levée du camp le midi et redescente au village. 4h d´attente que le berger redescende de la montagne avec ses chèvres sur-lentes pour récupérér nos affaires. Nos commençons les 15km qui nous sépare de Cachi et du "retour à la civilisation" à pieds et le ventre vide (la tête pleine de flashs culinaires) puis trouvons quelqu´un pour nous emmener en voiture. Resto, douche chaude et repos.
une belle soupe olfactive!
la table de nuit avec le mp3 qui ne fonctionne systématiquement pas au dessus de 4500m, le système ne trouve pas le disque dur, une énigme pour les informaticiens!
NB: le critère de sélection des photos est essentiellement narratif, il y en aurait un bon nombre d´autres à mettre mais ça, ça sera pour beaucoup plus tard!
NB2: google map n´enregistre plus les points supplémentaires que j´ajoute à la carte, comme si j´avais dépassé le quota, donc la carte n´est plus à jour depuis un moment. Lorsque j´aurai les yeux un peu moins explosés et l´estomac un peu plus plein je tenterai de remédier à ce problème.